| |
L'expression "difficulté maternelle" désigne l'ensemble des manifestations psychologiques et problématiques de la maternité.
Ce terme nous apparaît comme étant le plus adéquat et le plus respectueux de notre identité pour définir au plus près, cet empêchement plus ou moins puissant à donner ou à avoir envie de donner à son enfant ET ses retentissements chez la mère et son bébé.
Pas de définition unique et exhaustive de ce problème de santé, celui-ci existant sous des formes cliniques diverses, elles-mêmes se présentant à travers des expressions individuelles, familiales et transgénérationnelles variées.
La difficulté maternelle peut se résumer succinctement comme un détachement affectif (soudain ou progressif) à l'égard de son bébé et une impossibilité plus ou moins importante de répondre à ses besoins.
10 à 20 % des femmes devenant mère seraient en souffrances psychiques (d'intensité variable) avec des conséquences non négligeables pour leurs enfants : conséquences qui peuvent aller de troubles du développement (physiques et/ou psychiques) plus ou moins invalidants aux situations avérées de maltraitance physique et/ou psychologique.
Actuellement, seule une cinquantaine de lits (unités mère-enfant et hôpitaux psychiatriques confondus) est réservée aux soins des troubles de la maternité psychique...
L'obstétrique mentale aux besoins non négligeables se trouve escamotée au profit de l'obstétrique physique.
Pourtant cette maternité-là et son bon déroulement ne saurait être réduits et en conséquence "traités" en cas de "ratés", à des questions d'instinct, d'amour, de devoir et de moralité...
Et sa nécessaire thérapeutique, lorsque l'on se retrouve bien au-delà de "l'écume du bouleversement émotionnel normal de la maternité" (Jacques Dayan)
devrait être à la hauteur des enjeux de la naissance d'un enfant.
Pour lire les différentes parties développées ci-dessous, cliquez sur le titre qui vous intéresse
Comment reconnaître une difficulté maternelle ?
Non pas en tant que professionnels que nous ne sommes pas, mais en tant qu'individu potentiellement concerné.
- Comment savoir si ce que l'on vit doit nous amener à consulter au plus vite, puisque ce bouleversement est difficilement classable et propre à chacune ?
- Y a-t-il quelques symptômes communs, quelques points de repère qu'il convient de ne pas minimiser ou négliger ?
- Peut-on en quelques traits rapides esquisser de l'extérieur la cape / chape dont se revêt cette difficulté de vivre pour se manifester ?
- Est ce que les femmes pour des raisons et des histoires différentes peuvent éprouver néanmoins des émotions communes ?
- Peuvent-elles souffrir des mêmes maux de maternité ?
Il y a des signaux d'alerte facilement reconnaissables même pour des non-professionnels et nous croyons utile sinon de les définir avec exactitude du moins de tenter de les préciser dans leurs grandes lignes et cela pour plusieurs raisons :
- Parce qu'à ce niveau (le notre en tout cas) l'information fait encore largement défaut.
- Parce que ce mal insidieux échappe même à celle qui le vit et en souffre.
- Parce qu'il est nécessaire que l'entourage de la future maman soit lui aussi averti de ce qui peut se passer.
- Parce que les termes généralement employés (même par le corps médical) sont souvent source de confusion lorsqu'ils ne sont pas tout simplement galvaudés au détriment des mères : la sauce "baby blues" nous est ressortie copieusement à chaque fois que l'on tente de s'ouvrir là dessus (par soucis de rentabilité, de rapidité, par soucis de se protéger de ce que cela pourrait suggérer de remise en cause personnelle... ?)
Nous VEILLERONS dans ces descriptions à ne pas confondre les "symptômes-conséquences" avec les causes même de la difficulté maternelle, qui elles sont à travailler dans le cadre d'un suivi psychologique.
Il est primordial de ne plus considérer les problématiques de la maternité psychique sous un angle psychiatrique ou de les juger en fonction de critères moraux et sociaux : la difficulté maternelle ne fait pas de nous des dépressives, des "dérangées mentales" ou aux yeux de la société des personnes en grande faute morale : des mères dénaturées.
La difficulté maternelle se doit d'être interprétée en fonction de la nature même de la maternité psychique, de ce qui la caractérise, la meut.
La description de ces différents symptômes : baby-blues, dépression du post-partum, psychose puerpérale et les diverses manifestations somatiques de notre enfant, ne sont que les signaux d'alarme plus ou moins bruyants et spectaculaires de la maternité psychique qui cherche sa place.
Revenir en haut de la page 
En savoir plus...
- Donner naissance à son enfant est essentiellement réduit à son expression physique :
Tout, pendant la grossesse et son suivi médical concourt à privilégier la conclusion (le terme) : à savoir le bon déroulement de l'accouchement. Non seulement, il s'agit de mettre au monde un enfant vivant et indemne mais aussi de s'assurer que la mère y survivra physiquement et accessoirement sans en être traumatisée psychologiquement.
Cependant devenir mère relève également d'un acte psychique : "qui prend appui et transforme le sentiment qu'éprouve la femme de sa propre identité" (Jacques Dayan).
La femme passe ainsi de l'état "d'enfant de ses parents" à celui de "parent de son enfant" et si, physiologiquement tout semble l'y avoir préparé et être évident puisqu'elle est bien à l'origine de cet enfant qui parait,inconsciemment il n'en est rien.
Cette inversion des rôles exige une "formidable pirouette" de l'inconscient QUI ne s'exécute pas instinctivement comme on l'a si longtemps dit et fait croire aux femmes (le fameux et fumeux instinct maternel). Rien n'est moins acquis et spontané que le sentiment d'être mère de son enfant.
Il y a toute une dimension humaine que la mère transmet ou se doit de transmettre à son enfant lorsqu'elle le met au monde et cela peut nécessiter du temps et un soutien spécifique.
L'ignorer peut nous amener au bord d'un gouffre comme "projetée dans une rupture de soi, dans une crise interne de soi et de tous ses rapports au monde..." (Jean-Marie Delassus)
- "On n'a vraiment peur que de ce que l'on ne comprend pas" (Maupassant) :
la difficulté maternelle fait partie des choses que l'on ne comprend pas et qui effraie : aussi bien celles qui le vivent que ceux qui en sont témoins.
Sa compréhension est doublement entravée :
- D'un côté, l'obstétrique mental en est encore à chercher sa place entre les différents services de santé (gynécologie, maternité, pédiatrie) pour qui la maternité s'aborde et se comprend essentiellement sur un plan physique (conception, stérilité, suivi de grossesse, accouchement, suites de couches et suivi médical de l'enfant).
- De l'autre, elle se heurte à des jugements moraux et des considérations sociales (rôle et devoir maternels) qui loin de lui reconnaître une quelconque existence la condamnent et ne font que rajouter au déni collectif.
Il y aurait donc comme une impossibilité à penser ou à imaginer qu'une mère ne puisse pas être au rendez-vous de son enfant.
L'expression "difficulté maternelle" ne fait d'ailleurs que désigner le trouble constaté et non pas ce qui le provoque : comme si "le langage n'avait pas encore intégré ce qui se joue chez la femme dans le fait d'être ou de ne pas pouvoir être mère" (Jean-Marie Delassus).
Concevoir cette réalité ébranlerait-il les certitudes qui étayent notre monde ?
Ne peut-on accepter le fait que la naissance d'un enfant ne soit pas toujours accompagnée de sentiments positifs ?
Est-il scandaleux d'être malheureuse quand l'enfant paraît ? Doit-on nécessairement justifier ce malheur par l'absence d'instinct maternel, la présence d'une dépression ou l'apparition subite d'un mouvement de folie "déresponsabilisant" du coup celle qui en est victime ?
- Que se passe-t-il donc chez ces femmes pour que tout doucement ou brutalement, une maternité tombe en panne ?
Un enfant lui est né et au fur et à mesure de ses rencontres et contacts avec celui-ci "presque imperceptiblement", une mère se met à avoir la certitude ne pas savoir s'y prendre avec son bébé...
Elle se sent dans l'incapacité de faire cesser ses pleurs, de l'endormir, ne supporte pas ses regards ou s'inquiète de ne pas les trouver et commence à redouter les moments d'intimité avec lui.
Très vite cet enfant va devenir un étranger dont elle n'arrivera pas à "décoder" les mimiques, les cris, les pleurs.
Chaque manifestation bruyante du nourrisson sera vécu comme un reproche permanent, comme une dénonciation publique de la mauvaise mère qu'elle s'imagine être.
Rapidement tout lui deviendra insurmontable et intolérable même le geste de maternage le plus banal : bain, changement de couches, le biberon à donner...
Il lui sera impossible de dépasser la réalité pratique et "asservissante" du nourrisson, de voir au-delà de son dénuement et de sa totale dépendance vis-à-vis d'elle.
Il lui sera impossible de se retrouver à travers lui : "celui qu'elle met au monde ne lui porte pas, ne lui apporte pas, en face à face, en chair toute jeune et fragile l'image de ce qu'elle est au plus profond..." (Jean-Marie Delassus).
L'allaitement au sein se fera sans véritable plaisir, comme "mécaniquement", avec la mince consolation d'être le seul moment où elle se sent encore utile et indispensable à son enfant. Il sera l'unique réponse aux besoins affectifs du bébé, le seul moyen de faire face au désarroi qui l'envahit. Il deviendra un paravent derrière lequel elle masquera son vide affectif, donnant encore l'illusion de participer à ce moment important d'échanges... Quand il ne sera pas très vite stoppé et remplacé par un biberon du coup haï d'avance d'être devenu un "pis aller".
Et si dans un premier temps celle-ci va essayer de faire face à ce sentiment d'urgence qui menace de la déborder, en cherchant conseils, avis extérieurs, en consultant médecin ou pédiatre, l'étonnement douloureux va vite laisser place, à la stupeur, à la sidération et au découragement...
La peur de faire mal deviendra la peur de faire du mal !
Et ce sentiment de toute puissance sur son enfant la conduira à l'impuissance.
Ainsi de tentatives en échecs, de surprises en dépits, d'attentes en frustrations une maternité s'emballe, déraille et se bloque dans la plus totale incompréhension. Une mère souffre de ne plus avoir envie d'être mère, d'être incapable de gestes maternels. Elle attendra alors qu'il prenne de lui-même ce qu'elle ne sait pas donner... Bientôt elle n'aura plus rien à donner si ce n'est que le spectacle de sa déprime apparente.
On voit comment progressivement une femme en proie à de tels sentiments de découragement et de dévalorisation va se désinvestir psychiquement vis-à-vis de son enfant.
Le plus grand danger avec la difficulté maternelle serait alors :
- de passer de la douleur au renoncement et ainsi s'anesthésier, se couper (s'amputer) intérieurement de cet enfant que l'on n'arrive pas à aimer.
- de considérer ces échecs comme définitifs : la fatalité ! On est mère ou on ne le sera jamais.
- que l'entourage de la maman passe à côté de cet incident / ACCIDENT de maternité sans le deviner : cette maladie se vivant fréquemment dans le silence.
Et pour se protéger du suicide (envisagé comme une punition tant elle se sent indigne) ou de l'infanticide (rarissime) dont elle s'effraie à imaginer les circonstances, celle ci va se réfugier sous le manteau de la maladie mentale. Il subsiste au fond d'elle-même l'espoir insensé et illogique que l'on pourrait peut être venir l'aider :
- "Mieux vaut" alors la dépression que le suicide ou la mort de son enfant !
- "Mieux vaut" tomber malade et susciter la pitié que l'opprobre en avouant que l'on ne ressent rien à l'égard de cet enfant ou que ce que l'on ressent n'a vraiment rien de maternel.
On se "voile de dépression" pour se protéger de la réalité mais c'est une dissimulation non calculée : on ne feint pas d'être déprimée, pas plus qu'on ne le devient consciemment... Il y a longtemps que l'on ne maîtrise plus rien ni son malaise ni sa chute...
On étouffe mais on réprime son asphyxie...
La difficulté maternelle est un torrent qui dévale une montagne et qui se heurte à un barrage imprévu et l'eau vive reflue en amont menaçant de noyer la source...
Toutes les difficultés maternelles n'avancent pas sous le masque de la dépression, toutes ne vont pas jusque là, toutes ne s'expriment pas ainsi... Il serait dangereux de ne vouloir les identifier que sous ces seules critères :
- On peut être déprimée et néanmoins tisser des liens avec son enfant : la dépression avérée d'une maman n'est pas toujours synonyme d'une difficulté maternelle. Comme l'écrit Jean-Marie Delassus dans "Devenir mère" : "elle a ses réseaux secrets pour être mère... Elle a son génie créateur et elle choisit elle-même ses couleurs... Il faut donc être conscient de la dissociation possible entre les comportements avérés de la mère et son efficacité transférentielle. Les premiers ne sont pas nécessairement l'indice de l'autre
- On peut ne pas l'être et se retrouver néanmoins dans l'incapacité de donner...".
Il faut parfois chercher chez le bébé les signes que quelque chose ne va pas entre les deux.
Revenir en haut de la page 
|
|